Conseils vétérinaires

Stress thermique chez le porc : préparer l’élevage aux fortes chaleurs

Ventilation, alarmes, eau, horaires des repas, truies et verrats : nos conseils pour limiter le stress thermique des porcs et ses conséquences pendant l'été.

Par l'équipe de la Clinique vétérinaire de l'Élorn · Mis à jour le 17 octobre 2026

Deux porcelets dans l'herbe en plein soleil

Le porc ne transpire presque pas. Quand la température grimpe, il halète, cherche les surfaces fraîches et surtout mange moins : la chaleur se paie en lait, en croissance et en fertilité. Même sous le climat finistérien, quelques journées chaudes suffisent à pénaliser une bande. Voici comment préparer vos bâtiments avant l’été et réagir pendant les pics de chaleur.

Pourquoi la chaleur pénalise-t-elle autant les porcs ?

Le porc évacue mal sa chaleur : il compte sur sa respiration et sur le contact avec des surfaces fraîches, et il réduit sa consommation, car la digestion elle-même produit de la chaleur. Les conséquences varient selon le stade :

  • la truie allaitante est la plus exposée : elle consomme moins, produit moins de lait et maigrit davantage ; ses porcelets sont plus légers au sevrage et son retour en chaleur est retardé ;
  • les truies à la reproduction expriment moins bien leurs chaleurs : c’est l’infertilité estivale, avec davantage d’anœstrus et de retours ;
  • les verrats voient la qualité de leur semence se dégrader, et l’effet se prolonge plusieurs semaines après un coup de chaleur ;
  • les porcs en croissance mangent moins et grandissent moins vite ; les plus lourds sont les plus fragiles.

L’humidité aggrave la situation : plus l’air est humide, moins la respiration et l’eau sur la peau refroidissent les animaux.

Avant l’été : une ventilation capable de donner son maximum

Toute la chaîne de ventilation doit être propre et réglée pour fonctionner à plein régime.

Côté entrées d’air :

  • nettoyez les plafonds diffuseurs et les caissons des échangeurs d’air ;
  • vérifiez que les systèmes de cooling et les laveurs d’air ne sont pas encrassés ;
  • ouvrez les entrées d’air extérieures des bâtiments et contrôlez que les grillages anti-oiseaux ne sont pas colmatés ;
  • privilégiez, quand c’est possible, un air pris au nord ou à l’est, au ras du sol.

Côté extraction :

  • nettoyez cheminées, gaines et caissons d’extraction, volets de ventilation centralisée et pales des ventilateurs : la poussière accumulée réduit le débit, d’où un nettoyage au moins annuel ;
  • vérifiez que le maximum de ventilation est bien réglé à 100 %.

Contrôler les sondes, les alarmes et les secours

  • Comparez la température affichée par le boîtier à celle d’un thermomètre mini-maxi placé dans la salle, et recalez les sondes si nécessaire.
  • Relevez les seuils d’alarme pour l’été, de l’ordre de 32 à 35 °C dans les salles, et réajustez-les après les épisodes de chaleur.
  • Testez la transmission des alarmes sur le téléphone portable et surveillez l’état de sa batterie.
  • Démarrez le groupe électrogène une fois par mois : les orages d’été provoquent souvent des coupures.
  • Vérifiez régulièrement le fonctionnement des trappes de sécurité, et vidangez le compresseur au moins une fois par an pour qu’il assure l’approvisionnement en cas de déclenchement des sécurités.

Tout au long de l’été : adapter la conduite

Anticiper le volume de production

Les inséminations de l’été font les ventes de porcs charcutiers du printemps suivant. Pour compenser la baisse de fertilité, mettez davantage de truies à la reproduction, quitte à réformer après l’échographie de gestation : l’objectif est de maintenir le nombre de porcelets sevrés.

Stimuler la venue en chaleur

Multipliez les stimulations dès le sevrage : douchage des truies, présentation successive de deux verrats… Autour du sevrage, un apport de vitamines ou d’énergie peut aider les truies dont la consommation a chuté en maternité : demandez-nous conseil sur le produit et la durée. Pour les bons gestes de détection, voir notre article sur la détection des chaleurs.

Protéger les verrats

Les verrats de prélèvement supportent mal la chaleur : la qualité de leur semence peut chuter pendant plusieurs semaines, et chez les verrats âgés, un coup de chaud peut précipiter la baisse de fertilité. Une cure vitaminique avant les semaines de reproduction peut être envisagée avec votre vétérinaire.

Surveiller le matériel et l’alimentation

  • Doses et vaccins : vérifiez que les armoires de conservation des doses d’insémination et les réfrigérateurs à vaccins tiennent leur température malgré la chaleur.
  • Silos : dépoussiérage et fumigation.
  • Machine à soupe : soignez la propreté de la cuve et des descentes, car la chaleur accélère la fermentation.
  • Densité : évitez de surcharger les cases de post-sevrage et d’engraissement.
  • Mouches : démarrez la désinsectisation tôt et renouvelez-la régulièrement.

Que faire pendant un pic de chaleur ?

  • Eau : de l’eau fraîche à volonté et des débits contrôlés ; avec la soupe, prévoyez si besoin des repas d’eau.
  • Repas : décalez la distribution vers la nuit et le petit matin, et évitez de nourrir entre midi et 20 heures.
  • Consignes : remontez les consignes de température de 1 à 2 °C (sauf correction de plage) pour limiter l’écart entre le jour et la nuit.
  • Entrées d’air : ouvrez-les au maximum, dans les salles comme sur les bâtiments.
  • Interventions : reportez les vaccinations susceptibles de provoquer une réaction, et évitez tris et transferts aux heures chaudes.
  • Auges : si la soupe n’est pas consommée, nettoyez-les rapidement.
  • Refroidissement : quand l’air est sec (moins de 45 % d’hygrométrie), l’humidification des couloirs d’entrée d’air, la brumisation des entrées d’air ou des salles et les systèmes de cooling font baisser la température de plusieurs degrés.
  • En dernier recours, si des animaux sont essoufflés, mouillez-les par courtes séquences (quelques minutes toutes les 30 minutes à 1 heure), sans jamais saturer l’air d’humidité : à 100 % d’hygrométrie, le risque d’asphyxie est réel.

Et en cas de coup de chaleur ?

Respiration rapide bouche ouverte, animaux prostrés ou qui titubent, peau très rouge, mortalités : il y a urgence. Rafraîchissez les animaux progressivement (ventilation, eau sur le corps), ne les forcez pas à se déplacer et appelez le vétérinaire, qui pourra prescrire un traitement adapté.

Une urgence ? Appelez-nous sans attendre

Appelez la clinique au 02 98 85 07 79. En dehors des heures d’ouverture, retrouvez qui joindre (garde de jour, nuit, élevages) sur notre page Urgences.

Comment adapter l’alimentation des truies allaitantes ?

Quelques pistes, à valider avec votre fabricant d’aliment ou votre nutritionniste :

  • augmenter la part de matières grasses, qui apportent de l’énergie en produisant peu de chaleur à la digestion ;
  • réduire les fibres et l’excès de matières azotées, tout en couvrant les besoins en acides aminés digestibles (lysine, thréonine…) ;
  • relever la balance électrolytique de l’aliment, par exemple avec du bicarbonate de sodium ;
  • envisager des additifs : antioxydants (vitamine C, vitamine E et sélénium), hépatoprotecteurs (bétaïne, choline), extraits végétaux, probiotiques ou levures.

En gestation et en engraissement, l’équilibre entre acides aminés mérite aussi d’être revu. Le choix des produits et leur durée d’utilisation se raisonnent avec nos vétérinaires, lors d’une visite ou d’un point sur votre élevage : découvrez notre accompagnement des élevages porcins.

L’essentiel à retenir

  • La truie allaitante et le verrat sont les plus sensibles à la chaleur, avec des effets qui durent après l’épisode.
  • Avant l’été : ventilation nettoyée, sondes vérifiées, alarmes et groupe électrogène testés.
  • Pendant les pics : eau fraîche à volonté, repas aux heures fraîches, consignes relevées de 1 à 2 °C, interventions reportées.
  • Brumisation et cooling sont efficaces en air sec, sans jamais saturer l’air d’humidité.
  • Anticipez l’infertilité estivale en mettant davantage de truies à la reproduction.

Une question sur la santé de votre animal ?

Ces conseils ne remplacent pas une consultation. Nos vétérinaires vous reçoivent sur rendez-vous à Landerneau, du lundi au samedi. En cas d'urgence, appelez la clinique.

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